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Profezia e forza d’animo di Robert Schuman | di Edoardo Zin

14 Mag

forza«Le prophète reçoit de Dieu la possibilité d’examiner l’histoire dans laquelle il vit et d’en interpréter les événements. C’est comme une sentinelle de garde la nuit qui sait qu’il est presque l’aube» (Lév. 21: 11-12): ainsi s’exprimait le pape François dans sa lettre adressée aux personnes consacrées, au cours de l’année qui leur est dédié.

Je veux penser à Robert Schuman comme au prophète de l’Europe. Il a essayé de traduire le regard et la Parole de Dieu dans le présent et dans l’histoire. Il n’a pas prédit l’avenir de l’Europe, mais il l’a préparé. Il n’a pas hésité à condamner le passé, bien qu’ayant immergé dans la nuit profonde des deux guerres mondiales. Avec la simplicité combinée et la force de l’esprit il a dit que la nuit est la nuit, mais toujours avec l’esprit de la sentinelle qui est entièrement dans l’attente de l’aube d’un jour nouveau.

Attendre toute la nuit la lumière de l’aube est le contraire de l’immobilité, c’est plutôt un voyage repris à partir de zéro à chaque fois, alimenté par une force très profonde. Il a regardé vers le passé, mais n’a pas établi une comparaison avec lui, il a regardé vers l’avant.

Je aime à penser au ministre des Affaires étrangères Schuman, dans sa retraite de Scy-Chazelles, dans les jours précédent le 9 mai 1950, qui regarde le projet que Jean Monnet a préparé et qui va devenir la célèbre déclaration du 9 mai 1950. Il fixe les yeux sur les bords de la Moselle, la rivière de sa jeunesse, puis il les dirige vers le ciel, pour demander du secours, de l’aide et de la sagesse au Seigneur.

Terre et Ciel en terre de Lorraine. Schuman avait conscience du lien naturel et du destin commun qui lie les deux peuples opposés dans la folie de trois guerres. Au ciel il demande le discernement non seulement pour dénoncer le mal et l’injustice, mais aussi le courage de prendre le chemin de la paix, de la prospérité, fondée sur le pardon.
Schuman était venu à cette certitude à travers l’engagement social de sa jeunesse. Plus tard, dans la vie politique, dans la période entre les deux guerres mondiales. Il a baigné dans la vocation politique et voulait la vivre au service de ses frères.

Schuman prie son Seigneur et Lui demande la force de ne pas se soustraire à une tâche trop lourde pour lui. Il Lui demande de ne pas tomber dans le péché de résignation et de déception, de ne pas être laissé seul. Le verset de Jérémie le soutient: « N’aies pas peur parce que je suis avec toi pour te délivrer» (Jr 1,8).

La paix, le pardon, la prospérité, la politique, quatre mots clés – tous les quatre commençant par «p» – qui vont nous guider dans notre réflexion d’aujourd’hui.
Nous allons examiner chacun de ces quatre mots par trois étapes: la pensée de Schuman, prise dans ses écrits; la situation d’aujourd’hui, et la perspective d’avenir de l’Europe. Nous allons donc découvrir «l’homme bon, le politicien habile, le fervent chrétien, l’européen convaincu, qui fonde son engagement quotidien sur la parole de Dieu et l’Eucharistie, conscient d’être seulement un “outil de la Providence” appelé à rendre habitable la cité de l’homme.

 

I La paix

“L’Europe n’a pas été faite: nous avons eu la guerre”: Schuman 9 mai 195o.

Trois ans plus tard, le 16 décembre 1953, lors de la conférence de l’Institut d’études politiques à Paris il a réitéré ce concept: “Nous nous rapprochons du but qui est de mettre un terme à la division de l’Europe et, par là, à sa détresse, à ses épuisantes rivalités, à ses antagonismes mortels….. [L’Europe unie] pourra être obtenue par la coopération offerte à tous indistinctement, y compris aux ennemis d’ hier. Une coopération est dans l’intérêt de la paix autant que de la restauration économique.

En tant qu’Italien et en tant qu’Européen, je suis très attristé d’avoir lu sur un journal italien des plus prestigieux un article de fond, signé par un professeur d’histoire renommé, ces mots: «dire que les Européens ont décidé de se réunir parce-que ils ne voulaient plus se faire la guerre, comme ils l’on fait pendant des siècles, est un mensonge qui fait partie de la rhétorique européenne. Au lieu de cela, les Européens se sont réunis parce qu’ils ne pouvaient plus se faire la guerre: ils n’étaient plus le centre du monde, ils dépendaient maintenant des Américains et des Russes. »

Il est inacceptable de dire que la paix souhaitée par Schuman, De Gasperi, Adenauer est appelé une “rhétorique européenne” et “un mensonge.” Pour les pères fondateurs construire une Europe unie n’avait pas une connotation négative (ne pas vouloir la guerre), mais extrêmement positive: vouloir la paix. Pour eux, c’était un impératif catégorique, pas une stratégie politique mais un dessin moral et spirituel. Bien sûr, l’Europe, à cette époque, était écrasée entre deux puissances et tout acte politique doit être contextualisé dans la période historique dans laquelle il se produit, mais le désir de paix demandé par Schuman allait au-delà des stratagèmes politiques et militaires.

La réconciliation franco-allemande – semence de laquelle a surgit l’unité européenne – était non seulement l’absence de guerre, une sorte d’assurance contre de futurs conflits, mais une nouvelle façon de vivre ensemble.

Pour Robert Schuman la paix est une denrée précieuse, une contribution fondamentale non pas pour effacer la diversité, mais pour la défendre; une diversité comme appartenance à une identité plus grande: l’universalité. La paix permet de vivre la relation avec les autres dans la solidarité. C’est un humanisme qui condamne le pillage et la destruction des civilisations, les génocides commis au nom de l’idéologie, les conditions de travail innommables, la misère.

C’est la paix invoquée par Jean XXIII dans « Pacem in Terris », trois mois avant que Schuman entre dans la maison du Père. « C’est la paix fondée sur la vérité, construite selon la justice, vivifiée et intégrée dans la charité, soutenue par la liberté. ».

Aujourd’hui, l’Europe ne semble plus être un territoire de paix: les pays vertueux contre les pays dépensiers, l’austérité contre la croissance, les pays du Nord contre les pays du Sud. Des Pays qui oublient le dernier cri lancé par la radio libre de leur nation après l’invasion soviétique de 1956 “Vive l’Europe!” Aujourd’hui ils érigent des murs que nous pensions à jamais détruits. A l’extérieur, la crise ukrainienne nous rappelle le cri lancé par un grand nombre de nos voisins qui aspirent à vivre dans les mêmes conditions économiques et sociales que nous. La faim et la pauvreté, en Afrique, font appel à notre aide et nous encouragent à voir les migrations non comme un problème, mais comme une opportunité, si elles sont bien gérées. Les guerres qui ont éclaté dans les pays arabes nous rappellent l’instabilité politique dans ces pays et demandent à notre conscience de leur apporter de l’aide, au nom des valeurs fondamentales qui sont à la base de notre civilisation. Dans de nombreux pays, les chrétiens sont massacrés dans leurs églises. Ces dernières sont brûlées. Et l’Europe reste silencieuse.

L’esprit de la jeunesse d’aujourd’hui échappe aux souvenirs des deux guerres vécues par leurs grands-parents et leurs parents. Il semble que la force motrice de l’Europe est à présent éteinte: sur elle est tombée la «culture de l’oubli » ce que le pape François appelle «  Alzheimer, véritable art de l’oubli » .Ces jeunes gens ne veulent pas préserver ces souvenirs, comme s’ils étaient une épave à abandonner à la mer orageuse.

Pourtant ils doivent savoir que l’Europe, il y a soixante-dix ans, a été dévastée par une guerre qui l’avait réduite à un tas de cendres fumantes et de boue, que des horribles soldats ont pillé et violé des personnes sans défense, que des hordes de réfugiés fuyaient les maisons détruites. Les enfants fouillaient les ruines et les ordures pour trouver un peu de nourriture, alors que les puissants de la terre se sont réunis au milieu d’intrigues sanglantes pour se partager l’Europe, non suivant la volonté du peuple, mais suivant des calculs cyniques d’hégémonie.

Eh bien, devant ces jeunes, devant cette Europe de l’oubli, les chrétiens sont appelés à être vigilants, comme des sentinelles, pour que le don de la paix soit préservé, protégé et propagé sur toute la planète.

La paix a désormais un nom différent: elle s’appelle la solidarité. Celle démontrée par les gens qui ont couru au secours des naufragés en Méditerranée, celle de ceux qui ouvrent leurs frontières et vont embrasser ce nouveau peuple en marche vers une nouvelle terre promise: l’Europe, dirigée par un nouveau Moïse, leur conscience! Et ce, le jour même où l’on se souvient du 52e anniversaire de la mort de Robert Schuman!

Les évêques d’Europe, nous devons l’admettre, n’ont pas été unis pour dénoncer l’égoïsme de leurs gouvernements. Mais ce sont les évêques de France qui ont bien exprimé cette obligation, vos évêques, le 7 Juillet dans leur déclaration: “Chaque pays doit répondre à la nécessité d’une gestion qui soit rigoureuse et responsable, mais juste, de ses citoyens, en particulier les plus faibles et les plus pauvres “.

Nous aussi, qui nous sommes engagés pour que l’artisan de la paix Robert Schuman soit reconnu bienheureux par l’Eglise, nous devons souligner à tous la voie indiquée par lui à l’Europe: la paix.

Ceci est l’étoile du Nord qui doit guider les responsables politiques et tous les hommes et les femmes d’Europe. Si l’on procède au hasard, il y a un risque d’échouer et de perdre tout espoir et d’attente. Ce serait la fin de l’Europe.

 

II Le pardon

Il n’y a pas de paix sans pardon. C’est le pardon qui brise les chaînes du mal.

Après une guerre sanglante, le prophète Schuman tend la main, lui, citoyen d’un pays vainqueur, à l’ennemi vaincu: cela n’était jamais arrivé dans l’histoire!

Il ne le fait pas par indulgence, par bêtise, par faiblesse ou fragilité. Il le fait par fortitude, une vertu cardinale, que son âme, profondément chrétienne, exprime. Seulement les courageux savent pardonner. Les lâches ne pardonnent jamais, ce n’est pas dans leur nature.

Schuman rappelle l’enseignement de Jacques Maritain, le grand philosophe chrétien ; « que nous, français, avons eu le tort d’abandonner à une université lointaine, au lieu de mettre nous même à profit de son enseignement lumineux »: « Si le christianisme n’est pas tenu en éveil par une communion douloureuse avec tous les souffrants et maudits de la terre, il est susceptible de s’endormir sur ce même amour qu’il a reçu.»

 

Avant même de commencer la construction de la maison commune européenne, Schuman pense à surmonter les grandes tensions nationales entre les deux anciens ennemis. La réconciliation entre la France et l’Allemagne devient, ainsi, la pierre angulaire de la construction, au cœur de l’Europe, d’une communauté d’états désireux de vivre ensemble dans la paix.

 

Schuman propose le pardon poussé par l’inspiration chrétienne qui l’anime. Dans la prière que Jésus nous a enseigné, il nous demande, en fait, de pardonner, car la gratuité du pardon ravive la relation brisée par le mal et ravive l’autre.

Il était écrit que si l’amour engendre la vie, le pardon ramène d’entre les morts.

 

Avecle pardon, Schumanprometque l’Europeauraune période de prospérité. Le pardon et lapromessedela formulechère à l’intellectuelle juive HannahArendt– n’auraient pas pu se réalisersi les tentatives devengeance et lesnationalismesn’avaient pas été abandonnés.

 

La démarche de Schuman est hautement morale avant d’être politique et même «spirituelle» dira Jacques Delors. Démarche digne d’un prophète qui ne calcule pas selon la logique politique ou la ruse diplomatique, mais qui réalise un dessin qui vient de son for intérieur. Schuman est un “raccommodeur de l’existence“, dirait le théologien orthodoxe Olivier Clément.

 

L’été 1959, Schuman écrit un article pour le Bulletin de l’abbaye de Saint-Benoît sur Loire. Schuman y exprime l’idée que lorsque les intérêts vitaux d’un Etat sont en jeu, les autres États membres doivent faire preuve de compréhension et de souplesse pour maintenir la confiance. Nous écoutons Schuman: “N’était-ce pas trop demander à nos populations de substituer aux ressentiments et aux méfiances du passé, et cela presque sans transition, cette nouvelle politique de confiante collaboration? Nous l’avons osé, nos populations et nos parlements l’on approuvé. L’expérience a réussi au-delà de nos espérances.Un climat de confiance et de bonne entente s’est instauré en quelques années entre des pays qu’il y a dix ans étaient en état de guerre – et de quelle guerre!”

 

La confiance, le respect mutuel, l’unité sont maintenant les nouveaux noms du pardon.

Dans une Europe agressive et polémique, le conflit prévaut aujourd’hui sur le dialogue, la suspicion prévaut sur la confiance, l’intérêt du bien commun prévaut sur celui d’un état individuel. Les relations sont devenues fragiles, égoïstes, basées presque exclusivement sur les rapports de type économique. Tout cela a généré les populismes, sinon les nationalismes et les tentatives d’hégémonie de certains pays sur les autres. Dans une union, il n’est pas question de domaine de l’un sur l’autre: Il peut y avoir un leadership, dont la force morale est censée résoudre les conflits, non pas les développer. Le leader est celui qui sait réaliser la médiation, non pas celui qui manifeste ou impose son pouvoir moral! Le leader d’une union prend acte de la diversité des opinions, s’efforce de reconnaître loyalement la partie de vérité présente dans les opinions des autres, il cherche à renforcer le sentiment d’appartenance, d’amitié civile. D’autre part, ceux qui sont en difficulté doivent admettre leurs erreurs, ils doivent s’efforcer de ne pas vivre aux dépens des autres. Ils doivent œuvrer, non pas pour gagner sur les autres, mais pour admettre avec humilité leurs propres limites et leur propres fautes, pour pouvoir recevoir de l’aide.

 

C’est aux pays les plus forts d’être non seulement tolérants, mais aussi respectueux des plus faibles. Celui qui tolère seulement se pose à un niveau plus ‘haut que l’autre, tandis que le respect suppose une égalité morale importante. Les conflits doivent rester sur un plan idéal et ne pas se transformer en positions radicales sur des intérêts opposés.

Konrad Adenauer avait coutume de dire: «Nous vivons sous le même ciel, mais nous n’avons pas les mêmes horizons. » Il est vrai aujourd’hui, nous ne possédons pas les mêmes horizons, nous les avons perdus et, avec eux, nous avons perdu les idéaux élevés. Nous nous sommes repliés sur de petits intérêts de boutique, des récriminations, des accusations mutuelles, tandis que ceux qui vivent dans une communauté, savent la patience du dialogue fructueux, la compréhension mutuelle, le respect mutuel, qui ouvre un avenir d’espérance.

Chrétiens, comme des sentinelles vigilantes, opérant, en Europe et pour l’Europe, le témoignage des valeurs évangéliques en général: confiance, respect, unité.

Ces valeurs sont exprimées dans l’activité humaine et deviennent des raisons d’espérer, même lorsque vous êtes immergé dans des difficultés.

Pour se lancer sur la voie du renouveau qui va conduire à la renaissance de l’Europe, les sentinelles doivent croire dans l’unité parce que – comme l’écrivait Léon Tolstoï en 1898 – “il est impossible de se purifier tout seul. Se purifier, oui, mais ensemble. Se séparer, pour ne pas se salir, est la plus grande des saletés. “

 

III ° La prospérité

“ La mise en commun de la production de charbon et d’acier assurera immédiatement l’établissement de bases communes de développement économique, première étape de la Fédération européenne…Cette production sera offerte à l’ensemble du monde, sans distinction ni exclusion, pour contribuer au relèvement du niveau de vie et au progrès des œuvres de paix.”

Ainsi disait Robert Schuman dans sa déclaration du 9 mai 1950.

Sept ans plus tard, le 29 Janvier 1957, il exprime mieux le même concept au Centre catholique des intellectuels français: “ Nous ne contestons pas que l’Europe c’est aussi l’Euratom et le Marché commun. Il serait injuste de sous-estimer ces deux étapes dans la portée qu’il faut attribuer à l’une et à l’autre. Mais il importe de nous rendre compte que l’Europe ne saurait se limiter à la longue à une structure purement économique.”

 

Deux ans plus tard, le 12 Janvier 1959, dans une déclaration à la télévision italienne, le père de l’Europe devient enseignant, et explique très clairement aux Italiens le processus de l’intégration européenne: “L’Europe se fait et doit se faire par étapes. La première étape a été celle de la Communauté européenne du charbon et de l’acier…[Les traités de Rome] ont étendu les principes de la CECA à toute l’activité économique… Le but essentiel de cette association est l’élévation du niveau de vie dans les six pays…entre l’offre et la demande de façon à développer l’emploi et d’éliminer progressivement le chômage.”

Des mots clairs. La construction d’une Europe économique est seulement la première étape, à laquelle d’autres devaient suivre, pour atteindre l’objectif final: une Europe unie politiquement et spirituellement pour assurer, avec la paix, la prospérité.

 

La réalisation d’un marché unique aura attiré d’autres pays dans la Communauté et a requis la création d’une monnaie unique. Economie harmonisée, marché unique, monnaie unique, sont des moyens pour atteindre l’objectif de l’unité européenne. La monnaie unique devait proposer comme but final la création d’une unité bancaire, fiscale et sociale, mais cette cohésion a fait défaut.

Nous savons que l’économie est l’expression de l’œuvre de l’homme. Au cours des dernières années, elle a été écrasée par une finance sauvage et par un marché excessif. L’économie seule ne peut pas unir les peuples, tout au plus elle peut les unifier. La Finance d’ailleurs, lorsqu’ elle n’est pas au service de l’économie et de l’homme, atteint les limites de la valeur éthique de l’économie.

 

Un marché n’est pas seulement un lieu pour l’échange de marchandises, il est aussi une occasion qui permet la rencontre entre des personnes et des idées. C’est un lieu de solidarité, de confiance mutuelle. Je ne suis pas un expert économique, je ne connais pas en profondeur ces règles, je ne peux pas en dire plus, sauf de vous inviter à lire (ou relire) le chapitre 7 («Favoriser une finance durable») du livre “L’Esperance d’un européen “, écrit par un membre de notre Institut.

Permettez-moi de dire que l’Europe, après Maastricht et après la grave crise financière qui a démontré sa faiblesse, en se dégageant de l’éthique, est entrée dans une crise profonde parce que la monnaie, plutôt que d’être une source d’unité, est devenue la cause de la désintégration.
« La raison obscure de l’homme» – tel que définie par Benoît XVI dans «Caritas in Veritate» – quand elle est soumis à l’idéologie, fait que l’argent devienne la seule mesure de la qualité de l’existence.

Lorsque la finance, la rigueur, le respect presque maniaque du budget, sont les principales préoccupations, ils risquent de faire de la monnaie l’idole qui rend l’esprit de l’homme malade d’orgueil, qui le rend obsédé par des questions oiseuses, qui l’amène loin des valeurs qui comptent, en l’approchant de la corruption.

Un célèbre bibliste italien, Enzo Bianchi, prieur de la communauté monastique de Bose, en commentant l’Apocalypse de Jean, voit la bête qui a un pouvoir énorme (dix cornes) et qui exerce sur un grand domaine (il a dix couronnes): C’est le «dieu de l’argent ». Cette bête vit à côté d’une seconde bête qui a l’air moins grandiose, elle ne semble pas violente, pas effrayante, parce qu’elle a deux cornes comme un agneau, et elle a une voix aussi puissante que celle de la première bête. Cette seconde bête est au service de la première: elle est l’idéologie, la propagande, elle séduit les hommes, les cajole en leur faisant croire que le droit d’acheter et de vendre, de posséder et d’être riche, équivaut à la seule définition possible de la vie.

 

La joie et l’espoir de beaucoup d’entre nous et maintenant personnes âgées, à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. L’euphorie qui s’est propagée parmi les jeunes gens après la naissance de la monnaie unique, ont cédé la place à la déception. A quelques années de l’effondrement du mur de Berlin et après la dissolution de l’empire soviétique, l’Europe risque à nouveau d’être divisée et séparée. Non seulement par des frontières, par des murs, par l’impérialisme, mais aussi par, d’un coté des pays à l’économie relativement stable et, de l’autre, par des pays à l’économie faible aux systèmes précaires porteurs de la pauvreté et de diverses formes de populisme.

 

L’Europe ne se construit pas seulement avec des pièces de monnaie, avec des lois, avec une bonne administration. Les chrétiens sont appelés à éduquer et à être vigilants, pour qu’il naisse une nouvelle Europe de la solidarité, assoiffée de fortitude et de confiance. Les chrétiens doivent s’engager à marier l’économie avec l’éthique, la rigueur avec la croissance. Il faut adapter, si nécessaire, leur mode de vie, fait d’une plus grande sobriété et attention, aux plus nécessiteux. De quelle manière? Je répondrais avec Camus; “Les chrétiens soient des chrétiens.”

 

IV La politique

Pour que la paix, le pardon, la prospérité puissent être réalisés en Europe, il faut revenir à la Bonne politique. Elle ne peut pas se réduire à la pure technique de gestion du pouvoir, ni à une pratique qui se concentre uniquement sur les moyens, en oubliant le projet global à réaliser. Elle ne peut pas non plus se limiter à une science pure, réservée aux professionnels de la politique.

La politique doit s’approcher des gens, comprendre leurs besoins profonds, impliquer les citoyens dans les choix. L’homme politique, dans son action, doit se servir de relations transparentes, doit avoir le courage de parler franchement à ses électeurs parce-que la politique est un honneur: il est juste que tout le monde y prenne part. Elle est aussi un fardeau: il est juste que chacun en porte un peu.

 

Au centre de la politique il y a la personne, avec ses droits et sa dignité inaliénables. Mais encore faut-il respecter la justice, voie royale pour que l’État réalise le bien commun: Ainsi fit Robert Schuman parce que celle-ci est la condition de l’engagement des chrétiens en politique.                   

Dans son discours devant les mouvements de la vie chrétienne et de la Ligue missionnaire des étudiants, le 30 Avril dernier, le pape François, citant l’exemple de De Gasperi et de Schuman, a appelé les jeunes à devenir des saints par la politique:

La sainteté, dit-il, implique le témoignage, sans l’illusion du pouvoir, et la politique demande aussi l’efficacité, le réalisme, la capacité à exécuter, la compétence.

Le prophète Schuman ne regarda pas les intérêts de sa petite cour, il parla avec franchise, sans craindre de perdre quelques voix. Pensez à ce qui arriverait si, après la déclaration du 9 mai, sa proposition audacieuse, après avoir été acceptée par le gouvernement et ratifiée par l’Assemblée nationale, avait été soumise à un référendum dans l’atmosphère de cette époque faite de ressentiment, de haine en Europe, y compris en France. Schuman, et avec lui les autres pères fondateurs, n’ont pas hésité. Ils ont conduit, l’œil vif et perspicace, leurs peuples vers la première étape de l’intégration européenne. Ils eurent de la fortitude: En regardant l’Europe d’en haut, ils la virent large et universelle, en la regardant d’en bas, ils saisissaient dans le détail les besoins de chaque pays.

 

La politique européenne est principalement menée par les institutions européennes, y compris le Conseil des ministres qui délègue les institutions européennes pour réaliser ce qu’il a décidé.

Dans un article publié en Juin 1953 “Pax Romana”, Schuman souligne que les institutions européennes seraient «un corps sans âme », si elles n’étaient pas animées par un esprit européen « un esprit de fraternité fondé sur une conception chrétienne de la liberté et de la dignité humaine »

Aujourd’hui, les citoyens européens remarquent que les institutions européennes sont loin d’eux. Il faut tout d’abord que les institutions européennes se donnent une structure supranationale caractérisé par la présence d’un système où les décisions sont prises à la majorité. Il faut qu’on réalise la démocratisation de ses structures pour confier aux organismes représentatifs des peuples des fonctions à la fois de consultation et de participation aux décisions. Il faut que l’on dépasse la logique classique internationale des «relations entre les Etats et les gouvernements”, lesquels tendent inévitablement à poursuivre leurs intérêts légitimes. »(Card. CM Martini lors de la conférence du Mouvement fédéraliste européen 03.02.1996).

De la fortitude, c’est ce que les citoyens d’Europe demandent à leurs dirigeants !

 

La fortitude n’est pas seulement la force de ne pas plier face à l’échec, elle est surtout la capacité de rester solide, ferme dans l’attente, ce qui peut décourager même les hommes les plus forts, mais pas les chrétiens.

Un aphorisme rabbinique dit que le vrai prophète est celui qui “fait que des étincelles divines jaillissent des pierres” et le Prix Nobel Nely Sachs voit dans les prophètes ceux qui «brisent les portes de la nuit et leurs voix causent des blessures, cherchant une oreille comme patrie, une oreille non obstruée par des orties. “.

Le Psaume 130 récite:
“Mon âme compte sur le Seigneur

Plus que les gardes

Ne comptent sur le matin”

Oui, nous comptons sur le Seigneur de l’Histoire, parce que nous vivons d’Espérance, et qu’elle devienne une certitude pour l’Europe, pour qu’elle retrouve le chemin tracé par le Serviteur de Dieu Robert Schuman.

 

Edoardo Zin, Metz 2015

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Pubblicato da su maggio 14, 2016 in Generale

 

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